Fausse facture, faux IBAN : comment un fournisseur « change de compte » et vous vole un virement ?
Un escroc se fait passer pour un vrai fournisseur et vous communique un nouveau RIB, souvent avec une facture identique aux précédentes et un message « nous avons changé de banque ». Vous payez, le vrai fournisseur ne reçoit rien. La parade : ne jamais accepter un changement de RIB sans rappeler le fournisseur au numéro que vous aviez déjà, faire valider les paiements par deux personnes et prendre au sérieux l'alerte de votre banque sur le nom du bénéficiaire. Si vous avez déjà payé, appelez votre banque immédiatement.
Le scénario en bref
Exemple, inventé pour illustrer. Un cabinet dentaire fictif reçoit un mail de son fournisseur de matériel habituel. Même logo, même signature, même ton que d'habitude : « Suite à un changement de banque, merci d'utiliser désormais le RIB joint à cette facture. » La facture en PDF ressemble trait pour trait aux précédentes. Seul l'IBAN a changé.
La personne qui gère les règlements met à jour la fiche du fournisseur et paie 8 400 €. Trois semaines plus tard, le vrai fournisseur relance : il n'a rien reçu. L'argent est parti chez un escroc, et le cabinet doit toujours régler sa facture. Le montant et les détails de cet exemple sont inventés ; le mécanisme, lui, est celui que décrit Cybermalveillance.gouv.fr.

Une fraude au virement en forte hausse
Le dispositif national d'assistance Cybermalveillance.gouv.fr a publié le 26 mars 2026 ses tendances pour l'année 2025. Souvent consécutives au piratage d'un compte, les fraudes au virement ont augmenté de 170 % en un an, tous publics confondus, et se sont étendues, précise le communiqué, à la facturation électronique et à la gestion de la paie.
Le changement de RIB est l'une des formes de ce que les autorités appellent l'escroquerie aux faux ordres de virement (FOVI). Dans sa fiche réflexe, Cybermalveillance.gouv.fr la décrit ainsi : l'escroc usurpe l'identité d'un fournisseur pour communiquer de nouvelles coordonnées bancaires sur lesquelles il faut payer. Le compte est souvent à l'étranger, et la fraude fait parfois suite au piratage de la messagerie de la personne dont l'identité est usurpée.
Comment l'escroc s'y prend
- La messagerie du fournisseur est piratée : l'escroc lit les échanges, connaît les montants et les échéances, puis écrit depuis la vraie adresse du fournisseur, parfois dans une conversation qui dure depuis des mois. Cybermalveillance.gouv.fr note que cette fraude fait parfois suite au piratage de la messagerie de la personne dont l'identité est usurpée.
- Un faux fournisseur : sans rien pirater, l'escroc se fait passer pour le fournisseur et communique de nouvelles coordonnées bancaires sur lesquelles il faut payer. C'est la variante « changement de RIB » décrite par Cybermalveillance.gouv.fr.
- Le mail, le téléphone, ou les deux : selon la fiche réflexe de Cybermalveillance.gouv.fr, cette escroquerie passe par téléphone ou par messages électroniques, voire les deux. Un appel qui « confirme » un mail ne prouve donc rien s'il vient du numéro donné par l'escroc.
Quand la messagerie est piratée, regarder l'adresse de l'expéditeur ne suffit plus : le mail vient vraiment de chez le fournisseur. Seul un contrôle par un autre canal permet de déjouer la fraude.
La facture électronique ne règle pas le problème à elle seule. Selon impots.gouv.fr, depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques ; les PME devront aussi les émettre à partir du 1er septembre 2027. Or Cybermalveillance.gouv.fr observe justement que les fraudes au virement s'étendent à la facturation électronique. Un changement de RIB doit toujours être vérifié, quel que soit le canal de la facture.
Les signaux qui doivent vous arrêter
| Signal | Pourquoi c'est suspect | Le bon réflexe |
|---|---|---|
| « Nous avons changé de banque » par mail ou par courrier | C'est le scénario type du faux fournisseur | Rappeler le fournisseur au numéro que vous aviez déjà |
| Un RIB joint à une facture, sans échange préalable | Le changement arrive par le canal que l'escroc contrôle | Ne rien modifier avant d'avoir vérifié |
| Un IBAN qui commence par d'autres lettres que FR pour un fournisseur français | Les deux premières lettres de l'IBAN donnent le pays du compte | Demander pourquoi, par téléphone |
| Une adresse mail différente de celle des anciens échanges | L'escroc peut écrire depuis une adresse qui imite celle du fournisseur | Comparer avec les anciens échanges |
| Une urgence : « à régler aujourd'hui », « sinon livraison bloquée » | La pression empêche de vérifier | Prendre le temps, même si on vous presse |
| Une alerte de votre banque sur le nom du bénéficiaire | Le nom et le compte ne concordent pas | Arrêter le paiement et vérifier |
Un seul de ces signaux suffit pour faire une pause. Aucun fournisseur sérieux ne vous reprochera d'avoir appelé pour confirmer son nouveau RIB.
Le filet des banques : la vérification du bénéficiaire
Depuis le 9 octobre 2025, toutes les banques de la zone euro doivent proposer, avant chaque virement, une vérification du bénéficiaire : la banque interroge celle du destinataire pour savoir si le nom saisi correspond bien au titulaire de l'IBAN. Service-Public.fr l'explique ici : le service est gratuit, pour les virements classiques comme instantanés. Quatre résultats sont possibles :
| Résultat affiché | Ce que ça veut dire | Que faire |
|---|---|---|
| Concordance | Le compte appartient bien à ce nom | Payer normalement |
| Concordance partielle | Petite différence : la banque affiche le nom lié à l'IBAN | Vérifier que c'est bien votre fournisseur |
| Non-concordance | Le compte appartient à quelqu'un d'autre | Ne pas payer : appeler le fournisseur à son numéro habituel |
| Vérification impossible | Problème technique ou banque du destinataire qui ne répond pas | Vérifier par téléphone avant de payer |
Attention à la responsabilité. Comme le rappelle Service-Public.fr, après le résultat de la vérification, vous gardez la liberté d'exécuter le virement, mais en toute connaissance de cause : si vous passez outre une alerte, c'est votre décision. La vérification ne compare d'ailleurs que le nom et l'IBAN : elle ne sait pas si vous devez réellement de l'argent à ce bénéficiaire. Si vous payez vos fournisseurs par lots depuis un logiciel de comptabilité, demandez à votre banque comment ce contrôle s'applique à ces remises et qui voit les alertes.
La règle d'or : un changement de RIB se vérifie par un autre canal
Cybermalveillance.gouv.fr recommande une procédure de vérification et de validation hiérarchique interne non dérogeable pour tout changement de coordonnées bancaires. En pratique, voici les gestes à mettre en place dès lundi matin :
- Écrivez la règle noir sur blanc et diffusez-la à toutes les personnes habilitées à payer : aucun RIB de fournisseur n'est modifié sur la seule base d'un mail, d'un courrier ou d'un appel reçu.
- Rappelez au numéro que vous aviez déjà : celui de votre fiche fournisseur, d'un ancien contrat ou du site officiel, jamais celui qui figure sur la facture ou dans le mail.
- Comparez l'IBAN avec celui du bon de commande et de vos règlements précédents.
- Séparez les rôles : la personne qui modifie une fiche fournisseur n'est pas celle qui valide le paiement, et la règle ne souffre aucune exception, même pour la direction.
- Prenez le temps sur le premier paiement vers un nouveau RIB : ne le validez qu'une fois le rappel au fournisseur fait, même si on vous presse.
- Lisez l'alerte de la banque au lieu de cliquer sur « Continuer ».
Ces gestes ne coûtent rien et ne demandent aucun outil. Ils demandent seulement que tout le monde accepte qu'un paiement attende quelques heures le temps d'un coup de fil.

Protégez aussi votre propre messagerie
La fraude marche dans les deux sens : si votre boîte mail est piratée, ce sont vos clients ou vos patients qui recevront de fausses factures à votre nom. Cybermalveillance.gouv.fr conseille notamment :
- Des mots de passe solides et la double authentification sur les boîtes mail : en plus du mot de passe, un code ou une validation sur le téléphone est demandé.
- La sensibilisation des équipes à l'hameçonnage, ces faux messages qui servent à voler les mots de passe.
- La discrétion : limitez les informations publiques (site, réseaux sociaux) qui permettent d'identifier les personnes habilitées à faire des virements ou à modifier un RIB.
Vous avez payé : les gestes dans l'ordre
Chaque heure compte. Voici l'ordre recommandé par la fiche réflexe de Cybermalveillance.gouv.fr :
- Identifiez tous les virements exécutés, en cours ou à venir vers ce compte, et faites bloquer le faux RIB dans votre logiciel de comptabilité.
- Faites suspendre les virements qui ne sont pas encore partis.
- Alertez immédiatement votre banque et demandez le retour des fonds. Votre plainte pourra vous être demandée pour récupérer les sommes.
- Conservez les preuves : mails, numéros de téléphone, ordres de virement, factures.
- Changez immédiatement le mot de passe de la messagerie si elle a pu être piratée.
- Portez plainte sans tarder au commissariat ou à la gendarmerie, avec toutes les preuves.
- Prévenez le vrai fournisseur, par téléphone : sa messagerie est peut-être piratée et d'autres clients sont peut-être visés.
Pour être guidé, le service 17Cyber, opéré par Cybermalveillance.gouv.fr avec la Police et la Gendarmerie nationales, est accessible 24 h sur 24 : il pose un diagnostic, donne des recommandations et peut vous mettre en relation avec un prestataire ou avec un policier ou un gendarme.

Cinq questions à poser à votre comptable cette semaine
- Qui peut modifier un RIB de fournisseur dans notre logiciel ?
- Avons-nous une règle écrite de rappel par téléphone avant tout changement ?
- Les gros paiements sont-ils validés par deux personnes ?
- Que fait-on quand la banque affiche « non-concordance » ?
- Avons-nous noté quelque part le numéro à appeler à la banque en cas de fraude ?
Si une réponse est « je ne sais pas », vous savez par où commencer. Ces cinq points se règlent en une réunion d'une heure.
Sécuriser vos paiements fournisseurs→
Questions fréquentes
Comment reconnaître une fraude au faux RIB ?
Méfiez-vous de tout message qui annonce de nouvelles coordonnées bancaires, d'un RIB joint à une facture sans échange préalable, d'un IBAN étranger pour un fournisseur français, d'une adresse mail légèrement différente ou d'une urgence inhabituelle. Comparez l'IBAN avec vos règlements précédents et rappelez le fournisseur au numéro que vous aviez déjà.
Que faire si j'ai payé une fausse facture ?
Alertez immédiatement votre banque et demandez le retour des fonds, puis portez plainte au commissariat ou à la gendarmerie avec toutes les preuves. Bloquez le faux RIB dans votre logiciel, faites suspendre les virements à venir et prévenez le vrai fournisseur. Le service 17Cyber peut vous guider 24 h sur 24.
Que se passe-t-il si j'ignore l'alerte de vérification du bénéficiaire ?
Depuis le 9 octobre 2025, la banque vérifie gratuitement si le nom saisi correspond au titulaire de l'IBAN et vous informe du résultat. Vous gardez la liberté d'exécuter le virement, mais en toute connaissance de cause : si vous confirmez malgré une alerte, c'est votre décision. Prenez donc toujours le temps de vérifier auprès du fournisseur, au numéro que vous connaissez.
La facture électronique protège-t-elle de cette fraude ?
Pas à elle seule. Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques ; les PME devront aussi les émettre à partir du 1er septembre 2027. Or Cybermalveillance.gouv.fr observe que les fraudes au virement s'étendent à la facturation électronique. Un changement de RIB se vérifie toujours par téléphone, au numéro que vous connaissez.
Comment un escroc connaît-il mes fournisseurs ?
Le plus souvent, il a lu les échanges en piratant la messagerie du fournisseur ou la vôtre. Il connaît alors les montants, les dates et le ton des échanges. C'est pourquoi la double authentification sur les boîtes mail et une règle de rappel par téléphone sont les deux protections les plus efficaces.
